A propos de la candidature de David Ginola

Publié le par Rino

Pour un football sans FIFA #1

"Parce que rendre le football aux footballeurs est un projet incompatible avec l'idée même de gouvernance, et ne passera donc que par l'abolition de la FIFA et de toutes ses ramifications continentales et nationales."

On inaugure une sorte de rubrique qu'on a décidé d'appeler "Pour un football sans FIFA", en vue des futures élections jouées d'avance qui vont se tenir lors du prochain congrès de l'instance suprême du foot mondial le 29 mai 2015 à Zurich. A priori personne n'est en mesure de mettre "démocratiquement" fin au règne de Sepp Blatter, aggrippé à la présidence depuis 1998. Candidat déclaré, David Ginola n'a pas peur de nous faire rire. En même temps, sponsorisé par une société irlandaise de pari sportif, qui peut-il bien craindre?

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Ce jeudi 15 janvier, c'est par twitter que Ginola s'annonce dans une compétition où on ne l'attendait absolulement pas: « Je suis candidat à la présidence de la FIFA et j'ai besoin de vous dans mon équipe. Retweetez pour montrer votre soutien. » Lui qui, en guise d'échauffement, en 25ème position sur la liste sans étiquette de droite de Thierry Gobino, avait pris le bouillon aux dernières élections municipales à Sainte-Maxime, s'est résolu à viser beaucoup plus haut.

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Pas vraiment pris au sérieux par les médias, qui ne le voient pas peser bien lourd face au controversé Sepp Blatter, solidement vissé au trône depuis 17 ans, il a le mérite d'arriver comme l'élément comique d'une campagne triste et verrouillée, à la Biélorusse.

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Candidat strass et paillettes, et égérie confirmée de diverses enseignes, Ginola est lui même un produit. Sa candidature a immédiatement suscité des doutes, puisqu'elle est appuyée par la société iralndaise de paris sportif en ligne Paddy Power (PP). Un sponsor qui fait déjà jaser pour des raisons évidemment éthiques. Mais bon, dans ce petit monde qui gouverne le football international, y a-t-il quelqu'un pour relever le niveau de son voisin? Quelque part, un des avantages de tous les participants à cette sauterie électorale qui se retrouveront sous les plafonds lambrissés zurichois, c'est que hormis cette bourgeoisie du foot, tout le monde en a un peu rien à foutre.

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Homme de challenge, c'est à ce monde qui n'en a rien à foutre que Ginola a l'air de s'adresser: "j'ai besoin de vous dans mon équipe. Il n'y aura pas de remplaçant, tout le monde sera sur le terrain. Il faut relancer le foot, changer ça car actuellement il y a beaucoup de déception quand on parle des problèmes du football." Ce gimmick commercial Rebooting football apparaît en une sur son site. Le fond est creu, démagogique, mais pas inintéressé.

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Arrivé comme un cheveux sur la soupe, presque tout nu, avec toutefois Paddy Power floqué dans le haut du dos, Ginola annonce de but en blanc sur le site de sa candidature: «Nous avons besoin d'argent pour la campagne». La firme de paris en ligne a lancé son égérie avec une mise de départ de 330 000 euros. La "Team Ginola" a estimé que 3 millions d'euros seraient nécesaires pour mener campagne. Le site internet ne nous dit pas à quoi ils vont précisément servir.

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Pas vraiment d'appuis de taille dans les différentes fédérations, même pas celle de Bulgarie qui lui doit beaucoup. Voilà pour la petite blague qui tourne sur le net et les ondes.

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Dans ce contexte, Ginola avoue n'avoir "pratiquement aucune chance". Il n'a surtout pas de vrai programme. Son slogan "Pouvez-nous nous rendre notre jeu, s'il vous plaît?", tout en politesse de gentleman, n'annonce pas de féroce combat mené contre Sepp Blatter. Ses idées-force annoncées dans sa vidéo de lancement d'une minute et six secondes, "transparence, démocratie, égalité" ne mangent vraiment pas de pain. Même si ça fait "de gauche", ça n'est qu'un créneau pas vraiment fouillé, et l'image d'opération marketting reste, à juste titre, collée à sa campagne.

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Que risque-t-il? Au pire des cas, ça aura été un coup de pub pour son sponsor. Ce qui se précise car pour le moment, le crowfunding vire à l'opération pièces jaunes poussive.

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Mais au-delà de ça et beaucoup plus sérieusement, on le répète: rendre le football aux footballeurs est un projet incompatible avec l'idée même de gouvernance, et ne passera donc que par l'abolition de la FIFA et de toutes ses ramifications continentales et nationales. Voilà qui sera peut-être la conclusion de tous les billets, s'il y en a d'autres, à propos de ces élections.

 

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