Le premier syndicat de joueurs

Publié le par Rino

Lu sur We are Football

La création du syndicat des footballers professionnels anglais

Le 2 décembre 1907, dans l’impressionnant Imperial Hotel du centre ville de Manchester, l’Association Football Players’ Union, équivalent français d’un syndicat des footballeurs professionnels prend forme. C’est l’aboutissement d’un projet qui avait échoué à deux reprises, en 1893 et en 1898 pour des raisons diverses, et notamment l’absence notoire de chefs charismatiques. Au même titre que les autres organisations, l’Association Football Players’ Union a pour objet de défendre les intérêts de ses membres, par exemple dans leurs confrontations avec les deux instances gouvernantes, Football Association et Football League.

Timidement soutenu par l’ensemble des dirigeants durant les premiers mois, le syndicat est perçu comme une menace potentielle. L’année 1909 cristallise cette tension. Aux yeux des instances dirigeantes, la proximité avec le puissant syndicat central, la General Federation of Trade Unions est source d’inquiétude. La volonté des représentants des joueurs de porter en justice certaines procédures jugées arbitraires (blocage de salaires, interdiction du droit de grève) est durement ressentie par les autorités. Soutenu par une opinion marquée par l’éthique de l’amateurisme, John Bentley, éditorialiste dans l’hebdomadaire londonien Football Chat et surtout Président de la Football League, et William Pickford, un membre influent de la Football Association, pressent les joueurs d’abandonner l’ardeur syndicale au risque de sanctions individuelles. Les directeurs des clubs prolongent et durcissent la voix des instances fédérales par des procédés de chantage, en particulier la rupture de contrat. Mais, c’est méconnaître le degré d’activisme des joueurs. Deux personnalités deviennent les figures emblématiques du mouvement de contestation. Il s’agit de Billy Meredith (1874-1958) et de Charlie Roberts (1883-1939), deux joueurs de Manchester United, la meilleure équipe du moment. Chacun, à sa façon, donne du crédit et surtout médiatise le mouvement.
 
L’attaquant gallois Billy Meredith préside le premier jour de création du syndicat. Nommé en mars 1904 joueur le plus populaire du championnat par l’hebdomadaire sportif Umpire, il use de sa notoriété médiatique pour évoquer la dure réalité du joueur professionnel, face aux attitudes autocratiques des administrateurs des clubs. Il parle en connaissance de cause, car dans les comptes rendus de Manchester United, il est souvent l’objet de séries de sanctions soigneusement soulignées dans la rubrique misconduct (mauvaise conduite).
Charlie Roberts a l’idée géniale de sensibiliser la presse. Dans l’un des actuels terrains de sport des étudiants des universités de Manchester, il invite des journalistes pour leur faire part des motivations des footballeurs. Il pérennise le moment en demandant à un photographe de prendre les joueurs protestataires, et pose avec un écriteau figurant l’inscription The Outcast F.C, les rebelles. L’image est un succès pour les footballeurs, cependant la révolte perd de son intensité avec le retrait progressif de joueurs. La survie du salaire maximum (£4 par semaine) institué en 1901, et la décision de transférer le joueur appartiennent aux jugements des autorités gouvernantes et à la susceptibilité des entraîneurs.
 
La vague de reconnaissance du métier de footballeur arrive dans les années 1960, un siècle après la création de la Football Association en 1863.

Claude Boli

Auteur de Du local au global: l’invention de Manchester United (1902-2002), éditions Autrement

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