Anthony Pouliquen: "Pourquoi je ne serai jamais Luis Fernandez"

Publié le par Rino

LA CONFERENCE GESTICULEE EST UN SPORT DE COMBAT

La conférence gesticulée est une expression scénique née au sein du courant de l'éducation populaire. Sa paternité est attribuée à Franck Lepage et à la SCOP "Le Pavé". L'aspect "conférence" relève d'un contenu critique visant à questionner politiquement tout un tas de sujets. Celle d'Anthony Pouliquen tourne durant un peu moins d'une heure et demi autour de la critique du sport, dont il raconte par bouts et par bribes "l'autre histoire". Car c'est bien connu l'Histoire est écrite par les vainqueurs.  Celle d'Anthony, qui n'aime ni les gagnants ni les champions, fait la part belle à des personnes comme le cycliste Christophe Basson ou le marin Bernard Moitessier. On prend alors un malin plaisir à l'écouter, à partir de son expérience et ses souvenirs, s'attaquer au moteur du sport institutionnel: la compétition.

Quand on parle de compétition, le capitalisme et ses valeurs ne sont jamais très loin et, sans s'en cacher, c'est bien le problème de fond pour Anthony Pouliquen qui use son heure et demi de conférence pour au minimum l'affaiblir. Il trouve pour cela dans le scientifique humaniste Albert Jacquard et ses réflexions sur le sport issues de son ouvrage Halte aux jeux! (2004) une sincère source d'inspiration.

Il s'en prend l'utilisation politique du sport de masse par le pouvoir, formalisant ainsi la logique qui veut que pour fabriquer un Zidane, il faut casser des milliers jeunes. Que pour un gagnant des milliers de perdants seront laissés sur le carreau.

Parmi les divers clins d'oeil et références mobilisés, qui vont de Bourdieu au film Coup de tête, on sort de ce visionnage en libre accès, à la fois ému, mais aussi légitimement enragé. Nous n'en balancerons pas plus. Cette conférence gesticulée plaira à toutes celles et tous ceux qui veulent retrouver le jeu que les capitalistes ont confisqué et transformé en sport institutionnel.

 

Interview d'Anthony Pouliquen

(source: La Nouvelle République)

Une autre histoire du sport

Vendredi, salle de la Poterie, Anthony Pouliquen vient raconter avec humour et autodérision « une autre histoire du sport ». - Vendredi, salle de la Poterie, Anthony Pouliquen vient raconter avec humour et autodérision « une autre histoire du sport ».
 

« Pourquoi je ne serai jamais Luis Fernandez », pourquoi ce titre de spectacle ?

Anthony Pouliquen : « J'avais 6 ans en 1986 quand Luis Fernandez a marqué son fameux tir au but en quart de finale de la Coupe du Monde contre le Brésil. C'est devenu mon idole en quelque sorte. J'ai fait du foot par identification à lui, et aussi par tradition familiale. Et puis, je me suis vite rendu à l'évidence : " Avec mes talents limités de footballeur, je ne serai jamais Luis Fernandez "…»

Quel en est le contenu ?

« Il s'agit d'une " conférence gesticulée ", un concept qui repose sur trois pratiques : le théâtre – c'est un spectacle avec une modeste mise en scène, du son, de la lumière –, la conférence – on y apprend des choses –, et l'autobiographie. Je pars de ma petite histoire pour raconter la grande histoire du sport, ou du moins une autre histoire que celle qu'on entend, à savoir en quoi le sport peut-il exclure des milliers de gamins ? »

En quoi, justement, le sport peut-il être facteur d'exclusion ?

« J'ai eu le sentiment dès mon adolescence qu'il y avait un grand décalage entre le discours que j'entendais partout sur le sport – vertueux, qui sociabilise, bon pour la santé… – et ce que j'avais vécu dans mon enfance, c'est-à-dire facteur d'exclusion, de repli sur moi… Je me suis beaucoup documenté, j'ai fait des rencontres riches, et je me suis rendu compte que ma modeste histoire n'était en fait pas du tout un cas isolé. J'en ai fait un spectacle, autour d'une interrogation : le sport est-il aussi vertueux qu'on voudrait nous dire, notamment d'un point de vue éducatif ? Trop souvent, l'enjeu prend le pas sur le jeu. »

Quelle analyse cherchez-vous à démontrer ?

« Je veux montrer le lien très étroit qui existe entre sport et capitalisme. On retrouve dans ces deux idéologies les notions de marchandisation des corps, de darwinisme social, de processus de classification des individus… Le capitalisme se sert du sport – entre autres – comme d'un allié pour se paraître séduisant. Je précise que je ne suis pas là pour faire baisser les bras de tous les éducateurs sportifs qui chaque semaine font du travail sérieux, bénéfique, dévoué… Je veux juste susciter le débat, éveiller un certain nombre de consciences. »

Peut-on le présenter comme un spectacle humoristique ?

« Non, mais pour faire passer mes messages, j'utilise l'humour, l'autodérision, la provocation, l'émotion… C'est ce qui me différencie d'une conférence classique donnée par un sociologue du sport, par exemple. »

Publié dans Omnisport

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